Lorsque l’on veut lutter, ou au moins diminuer les problématiques liées à une pathologie, il est indispensable d’en connaitre les mécanismes.

Si l’on recherche ces mécanismes dans la littérature, on peut lire : « Les symptômes de la rhinite allergique résultent d’une inflammation de la muqueuse nasale induite par un allergène inhalé, caractérisée par une réponse immunitaire à dominance Th2 associée à une augmentation des taux d’IgE sériques. »

Tout ceci mérite évidemment quelques explications ! Commençons par présenter brièvement celui qui est normalement chargé de nous défendre contre les agresseurs internes et externes : le système immunitaire.

Définition et rôles du système immunitaire

Le système immunitaire regroupe l’ensemble des éléments dont un organisme dispose pour se protéger contre toutes formes d’agressions, y compris celles qui sont liées à son propre fonctionnement ou dysfonctionnement.

Il a pour fonctions fondamentales :

la définition de l’individu (grâce au système HLA) ; la reconnaissance des signaux étrangers (ce que l’on appelle le « non soi ») ; et l’organisation de la défense du « soi ». Le système immunitaire doit donc reconnaitre et tolérer le « soi génétique » (ce qui sinon résulterait en une pathologie auto-immune) et ses « amis » (le « soi biologique », qui inclut tous nos partenaires, en particulier notre microbiote) et rejeter le « non soi » (les antigènes des virus, bactéries, champignons… pathogènes) et le « soi altéré » (tel que les cellules cancéreuses).

Heureusement, pour accomplir l’ensemble de ces fonctions indispensables à notre santé et notre survie, le système immunitaire est doté d’un ensemble de tours de guet, sentinelles et soldats bien affûtés.

L’organisation du système immunitaire

On distingue classiquement deux principaux types de résistance à la maladie :

1/ Les défenses innées

Elles constituent la résistance non spécifique : présente à la naissance, c’est une protection immédiate mais générale contre un large éventail d’agents pathogènes. Ces mécanismes de défense fonctionnent toujours de la même façon, quel que soit l’intrus, et comprennent deux lignes de défense :

  • La 1ère barrière inclut les barrières physiques (mécaniques), chimiques (sécrétions cutanées et muqueuses) et biologiques (flores) superficielles de la peau et des muqueuses
  • La 2ème barrière implique l’intervention des défenses non spécifiques internes telles que les protéines antimicrobiennes (interféron, lactoferrine…), les cellules NK (Natural Killer), les phagocytes (qui littéralement « mangent » les intrus), la réaction inflammatoire et la fièvre.

2/ L’immunité au sens strict

Elle constitue la résistance spécifique, qui s’établit à la suite d’un contact avec un envahisseur précis, s’installe plus lentement, et passe par l’activation de cellules immunitaires particulières, spécifiques de l’antigène et capables de combattre des envahisseurs déterminés. Les agents principaux de cette résistance spécifique sont les lymphocytes B (LB) et les lymphocytes T (LT). Or ces cellules ne peuvent reconnaitre que des antigènes qui sont traités et présentés d’une certaine manière par des cellules dites présentatrices d’antigènes.

Ces cellules présentatrices appartiennent pour la plupart aux défenses innées. La présentation d’un antigène par ces cellules informe alors les lymphocytes que des intrus sont présents dans l’organisme et déclenche le branle-bas de combat. L’immunité au sens strict comprend deux types de réponses étroitement liées, toutes deux déclenchées par les antigènes :

  • La réponse immunitaire à médiation cellulaire, qui produit des lymphocytes T dits cytotoxiques capables d’attaquer directement l’antigène envahisseur. C’est la voie dite Th1, la plus efficace contre les agents pathogènes intracellulaires (virus, certaines bactéries) et les cellules cancéreuses.
  • La réponse immunitaire humorale, qui, via l’activation des LB, produit des anticorps ou immunoglobulines Ig. Ces anticorps peuvent se lier à un antigène et l’inactiver. C’est la voie dite Th2, la plus efficace contre les agents pathogènes présents dans les liquides de l’organisme et les agents pathogènes extracellulaires (bactéries et champignons principalement). Ainsi, en fonction de son emplacement un même agent pathogène peut déclencher les 2 types de réponses immunitaires. Notons également qu’un système immunitaire en bonne santé repose obligatoirement sur l’équilibre entre les deux réponses immunitaires : Th1 et Th2. Lorsque la voie Th2 est dominante, les problématiques d’allergie et d’intolérance peuvent s’installer.

Ceci expliqué, on comprend dès lors mieux la définition initiale : « les symptômes de la rhinite allergique résultent d’une inflammation de la muqueuse nasale induite par un allergène inhalé, caractérisée par une réponse immunitaire à dominance Th2 associée à une augmentation des taux d’IgE sériques. »

Les deux types de défense sont donc concernés : l’inflammation (défenses innées) ouvre la voie à l’immunité Th2 avec production d’une classe particulière d’anticorps appelés IgE.

Le système immunitaire dans l’allergie

Les deux phases de l’allergie

Deux phases successives mènent à l’allergie :

  • Une phase de sensibilisation
  • Et la phase allergique proprement dite.

Comme dans le cas d’autres maladies allergiques, la réponse immunitaire commence par une phase de sensibilisation. Lorsque la muqueuse nasale est exposée à un allergène, celui-ci est capturé et traité par des cellules présentatrices d’antigènes, présentes sous la muqueuse. Ces cellules présentent alors l’antigène aux lymphocytes T qui, ainsi activés, se différencient ensuite en cellules Th2. Ces cellules de la voie Th2 produisent plusieurs molécules messagères appelées cytokines.

Il existe de nombreuses cytokines, partout dans l’organisme. Les Th2 sécrètent particulièrement des cytokines IL-4, IL-5 et IL-13. Ces cytokines favorisent ensuite la stimulation et la maturation d’autres cellules immunitaires : les lymphocytes B qui produisent des anticorps particuliers, appelés IgE, spécifiques de l’allergène de départ. Ces IgE viennent ensuite se lier à d’autres cellules immunitaires : les mastocytes et des basophiles, et les sensibilisent à l’allergène en question.

La phase allergique démarre par la réexposition du sujet sensibilisé à ce même allergène. Une cascade d’évènements se met en place rapidement, menant, par la suite, aux symptômes de la rhinite allergique. Les réponses immédiates (réaction de l’ordre de quelques minutes) font intervenir les mastocytes et les basophiles déjà sensibilisés qui produisent alors une grande quantité de molécules entrainant collectivement une vasodilatation, une production de mucus ainsi qu’une stimulation des nerfs sensoriels, évoquant les symptômes de démangeaisons nasales, rhinorrhées, éternuements et congestions bien connus des victimes du rhume des foins.

La réaction en phase tardive (de 2 à 6 heures le plus souvent après l’exposition à l’allergène) fait elle aussi intervenir un grand nombre de médiateurs moléculaires et cellulaires et se caractérise par une prolongation de l’inflammation locale et des symptômes.

Les rôles des défenses innées dans la rhinite allergique

Les rôles de l’immunité spécifique tels que décrits précédemment sont connus depuis assez longtemps maintenant. En revanche, ce n’est que récemment que les réponses innées aux pollens et à leurs composants ont été décrites. Les pollens contiennent en effet de nombreux facteurs pouvant stimuler une réponse immunitaire innée : enzymes, protéines, lipides, antigènes. Chacun d’entre eux stimule les défenses innées de manière différente. Mais tous au final induisent une inflammation allergique des voies respiratoires.

Le stress oxydatif

La contribution du stress oxydatif à la pathogenèse de l’asthme et des maladies allergiques est un domaine de recherche important. Des facteurs environnementaux tels que les particules fines, les gaz d’échappement de diesel, le tabagisme et les pollens peuvent induire la production de nombreux types de radicaux libres différents (anion superoxyde, peroxyde d’hydrogène…), en particulier au niveau des cellules pulmonaires et bronchiques.

Or, ces radicaux libres favorisent l’inflammation allergique en modifiant la fonction des cellules présentatrices d’antigènes et en modulant l’équilibre Th1/Th2. De manière similaire à la muqueuse des voies respiratoires, l’exposition des personnes sensibles à des pollens génère la production de radicaux libres dans la conjonctive de l’œil. Cette agression oxydative favorise le recrutement des cellules inflammatoires dans la conjonctive. Il s’ensuit une conjonctivite allergique et l’effet bien connu du rhume des foins sur les yeux : le larmoiement.

Des jonctions serrées… desserrées !

Certaines enzymes de pollen, des protéases, sont capables d’endommager les muqueuses bronchiques et pulmonaires. Ainsi, elles induisent une porosité de l’épithélium pulmonaire et altèrent son rôle de barrière. Les allergènes de pollen peuvent alors passer dans les voies respiratoires, sont davantage captés par les cellules présentatrices sous-jacentes et entrainent une sensibilisation et une inflammation. C’est le cas par exemple du pollen de l’olivier, des dactyles (l’herbe à chat), du cyprès commun, du bouleau blanc ou du pin sylvestre.

Or, la fonction de barrière de l’épithélium des voies respiratoires est déjà altérée chez les patients asthmatiques, d’où potentiellement des dommages supplémentaires.

Une stimulation des défenses innées qui se répercute sur l’immunité adaptative

D’autres protéines polliniques modulent aussi les réponses immunitaires en activant les cellules souches sanguines. Ces cellules souches sont les précurseurs des cellules sanguines, et notamment des lymphocytes. Ainsi, le pollen est capable d’activer ces cellules et d’induire la production des cytokines Th2 mais non Th1. Le pollen de bouleau par exemple a cette étonnante capacité.

Et de nombreux autres mécanismes encore à l’étude !

Le pollen contient également de nombreuses molécules lipidiques, telles que des acides gras, des stérols, des alcools gras… Parmi ces lipides, plusieurs stimulent les cellules présentatrices d’antigènes et induisent des productions différenciées de cytokines. Indirectement, une fois encore, c’est la voie Th2 qui est alors nettement activée, au dépend de la voie Th1.

Étant donné que les réponses immunitaires innées aux pollens surviennent rapidement, en quelques minutes, la clarification de ces événements mécanistes précoces conduira probablement à la mise au point de stratégies et de médicaments qui empêcheront l’initiation de la sensibilisation allergique chez les patients naïfs et bloqueront l’induction d’une inflammation allergique chez les patients sensibilisés. Mais n’attendons pas nécessairement l’avènement de médicaments certes plus efficaces que les solutions allopathiques actuelles… et explorons les réponses naturelles, aux effets bénéfiques largement avérés.

 

Texte : Marine Dodet – Naturopathe, formatrice, conférencière
Photo : katemangostar