Connaître les valeurs générales du bio, puis débusquer les non-dits

Les différents labels de cosmétique bio en Europe ne sont plus à présenter ni à plébisciter tant leur existence répond à un besoin croissant de sécurité en matière de consommation cosmétique.

Cependant, les uns comme les autres n’ont pas fini de perdre les consommatrices dans leurs différences, dans leurs points forts, mais aussi dans leurs faux-semblants.

La traçabilité fait la valeur du bio

La valeur principale du bio est sans conteste d’être capable d’offrir aux consommatrices une traçabilité, de la naissance de la matière première à l’emballage du produit fini.

La traçabilité signifie que la matière première a été surveillée par des hommes afin de se développer, d’être traitée et acheminée selon un cahier des charges très précis établi par d’autres hommes.

Ainsi, un label bio (sérieux) fait toujours entrer trois parties dans sa mise en œuvre :

1) Le producteur de la matière première ;
2) Le fabricant de cosmétiques ;
3) Le certificateur qui contrôle les deux premiers.

La surveillance, gage de sérieux !

La surveillance est mise en œuvre afin de s’assurer que les conditions du bio sont respectées selon les cahiers des charges établis par des groupements professionnels indépendants.

S’il manque la partie 3, dont les intérêts commerciaux sont indépendants des 2 premiers, mieux vaut considérer que la labellisation n’est pas qualitative.

Par exemple, les enseignes de grande distribution (hyper et supermarchés) qui créent leur propre label en interne et qui donc se surveillent eux-mêmes !

Les marques bio à minima !

Ordinairement, le total d’une formule labellisée bio doit contenir au minimum 10% de substances certifiées bio.

Ce pourcentage désigne souvent la part de végétaux dans laquelle trônent les merveilleux principes actifs. Fait particulier, de nombreuses marques transcendent ce minima imposé par les cahiers des charges pour proposer des formules suractives exceptionnelles allant parfois jusqu’à 70% ou 90% de bio dans les formules dites « blanches ».

D’autres au contraire, et c’est la majorité, restent dans les limites tout juste imposées pour passer la labellisation bio sans implication supplémentaire pour la concentration et la qualité.

Ce total d’ingrédients bio est notifié sur l’emballage par obligation légale, il est donc facile à la consommatrice de le repérer pour mieux orienter son choix.

Différence entre bio et naturel ?

Cette différence est fondamentale et nous ramène à la question de la traçabilité. Un produit naturel n’a été ni suivi ni contrôlé.

Pour exemple : partons du postulat que le récoltant ne fait pas usage d’aucun intrant chimique.

Cependant, que penser d’une récolte de fleurs de camomille qui pousse en bordure d’une autoroute ou proche d’une source de pollution ? Quelles répercussions si la récolte se fait mécaniquement avec un engin à moteur et des contenants de stockage en matières plastiques transférables ? Et que se passe-t-il lorsque la récolte fait un séjour en silo qui peut durer plusieurs mois avant d’être acheminée vers les grossistes, ce qui dans ce cas oblige une utilisation de pesticides pour éviter les nuisibles ?

Et voici comment un produit 100% naturel ne l’est plus !

Bien sûr il existe des filières naturelles très sensibilisées à ce genre de déviance, mais malheureusement il faut mener l’enquête soi-même pour savoir si le fabricant est bienveillant d’un bout à l’autre de la chaîne de production, ce qui est souvent le cas des petites marques familiales et éthiques.

Quand le 100% bio abuse de l’alcool !

Il est relativement facile de trouver du 100% bio quand il s’agit d’un produit non ou peu formulé comme les huiles végétales, les hydrolats, les
beurres.

Cependant, restez vigilantes face aux allégations 100% bio, surtout quand il s’agit de produits dits « blancs » qui concernent les crèmes et les émulsions.

Très souvent l’alcool bio (Alcohol et Alcohol Denat) permet d’un point de vue marketing d’annoncer un 100% bio, pourtant cet ingrédient, même bio, n’est pas une bonne chose pour la peau. En effet, l’alcool a la particularité de pénétrer rapidement dans les couches profondes de la peau et de
les assécher en profondeur, tout en épargnant l’épiderme, ce qui engendrera relâchement et rides prématurées.

À ne pas confondre avec les alcools gras qui sont de bons alcools (en préfix cetyl ; Cetyl alcohol, Stearyl alcohol,..).

À noter que l’on retrouve l’alcool bio en tant que conservateur principalement dans les gammes bio et naturelles allemandes. Certaines grandes majors ont revisité leurs formules ces dernières années afin de limiter l’usage de l’alcool et c’est valorisable, mais d’autres persistent.

Les marques françaises ont moins recours à ce genre d’ingrédients.

La question des nettoyants !

Les nettoyants concernent tous les produits moussants de rinçage (savon, gel douche, gel visage, shampoing…), où trône le Sodium Lauryl Sulfate (SLS).

Cet ingrédient est un tensio-actif sulfaté avec une puissance détergente si redoutable qu’il est couramment utilisé pour le nettoyage industriel des sols et des moteurs.

Ce composé est hautement déconseillé, car extrêmement irritant pour la peau et non biodégradable dans l’environnement.

Malgré cela, à cause de son fort pouvoir moussant il est très recherché par les consommatrices, les fabricants français en font donc encore un grand usage dans les cosmétiques bio et non bio.

Pour tous les produits de savonnerie corporelle, veillez à ce que les tensio-actifs soient naturels et non sulfatés comme c’est le cas dans les formules des marques allemandes qui sont plus rigoureuses sur cette question.

Qui utilise les 5% de chimie autorisée ?

La part de chimie autorisée dans le bio est l’aspect le moins bien compris de cette cosmétique.

Et pourtant, on sait que les produits qui contiennent une majorité d’eau sont assujettis très rapidement à la prolifération microbienne. Sans conservateurs stables, le produit représente un réel danger pour la consommatrice.

Ainsi ont été autorisés des conservateurs synthétiques parmi les non-toxiques et les mieux tolérés par la peau. Pour autant, l’engagement des marques via leurs recherches et développements tente de les remplacer avantageusement par des conservateurs naturels tout aussi puissants.

Si donc vous ne trouvez pas les conservateurs autorisés dans vos formules, cela signifie que le fabriquant a une éthique qualité qui va bien au-delà des minimas du cahier des charges.

Conservateurs autorisés en cosmétique bio

• Benzoïc acid
• Sodium benzoate
• Dehydroacetic acid
• Benzyl alcohol
• Potassium sorbate
• Sorbic acid

Les 5% de synthèse autorisée ne sont pas une obligation, mais seulement une possibilité. Aussi, on rencontre rarement plus de 2% de conservateurs dans une formule, voire souvent moins de 1%.

Quelle est la meilleure marque bio ?

La question est très souvent posée, mais la réponse est toujours la même : aucune !

Formuler ainsi, c’est oublier que le produit doit venir interagir avec un organisme vivant (votre peau) et non une jambe de bois. En matière de cosmétique, le meilleur produit et celui qui répond aux besoins spécifiques et si changeants de votre peau à l’ instant T.

D’où la difficulté ! Choisir un cosmétique sans partir d’un diagnostic de peau est une pure aberration.

Il reviendrait à acheter des aliments au hasard pour réaliser une recette. L’aboutissement pourra être de sans effet à catastrophique, même si vous avez acheté du caviar !

La meilleure question serait alors : « Qu’est qui conviendrait le mieux à ma peau aujourd’hui ? » ; ou « En cas de (énoncé le problème) qu’est-ce qui peut être efficace ? »

 

Texte : Carol Cassone
Illustration : Justine Le Joncour