C’est l’été ! Si la Saint-Jean marquait le temps des cueillettes sacrées, c’est tout l’été qu’on peut cueillir les herbes dans la nature et dans les jardins. Voici quelques exemples de mes plantes d’été, un bouquet imaginé par mon « Chemineau des Herbes », au cours de mes pérégrinations sur les chemins de France. A découvrir, à reconnaître, à s’approprier, à goûter, à rêver….

Par Yves Yger  » Le chemineau des herbes « , docteur en pharmacie, herboriste, raconteur de plantes

La Mélisse

Excellente plante « couvre-sol » dans les jardins, elle doit être ramassée par temps sec, quelques jours avant sa floraison. Ses feuilles d’un vert brillant, rapidement séchées pour éviter leur noircissement, seront utilisées dans l’année. Ses vertus calmantes et relaxantes en font un ingrédient de choix pour préparer une infusion contre la nervosité, les colites spasmodiques... et la fameuse « boule » nerveuse qui vous noue l’estomac en cas de contrariété !

Si elle est utilisable seule, je préfère cependant l’associer à d’autres plantes digestives, telles la badiane, le fenouil et la verveine, pour éviter qu’elle n’écrase de son goût citronné la palette des saveurs.

 

 

La Bardane

Facilement reconnaissable à ses énormes feuilles charnues, poussant sur le bord des chemins, et à ses fruits à griffes qu’on dit à l’origine du « Velcro », parce qu’ils s’accrochent dans les cheveux et les lainages (une manière pour la plante de voyager!), on récolte en fin d’été ses racines profondes, à la pioche, et cette extraction n’est pas facile.

Une fois brossées, lavées, découpées et séchées, on en prépare une décoction bien efficace contre les affections de la peau, en particulier l’acné, en l’associant avec la racine d’ortie. Un remède certes un peu rude, mais très efficace, si on s’astreint à en boire trois-quarts de litre par jour…

 

La Marjolaine

Présente sur tous les bords de chemins arides et bien exposés au soleil, cette cousine de l’Origan cultivé fleurit au cœur de l’été : on cueille ses hampes florales drues et dressées comme de petites pagodes couleur grenat, juste avant l’ouverture de ses fleurs ; antispasmodique et aromatique, il ne faudra surtout pas la faire bouillir, sinon on perdrait ses vertus précieuses ; mais rien n’empêche, marjolaine, toi si jolie, de t’utiliser à la cuisine pour agrémenter pizzas et recettes du soleil.

 

Le Coquelicot

Faire une cueillette de pétales de coquelicot est une leçon de patience et d’humilité. Car ses pétales chiffonnés, déjà pas très lourds, perdent dix fois leur poids au séchage !

Mais si on les dispose sur un tulle bien aéré, à l’ombre, et qu’on les retourne souvent et avec soin, on obtiendra en quelques jours, de légères pépites pourpres à l’odeur un peu lourde, préconisées contre la toux et les insomnies. A utiliser en petite quantité, associées aux fleurs de lavande et d’oranger.

 

La Lavande

Inondée de soleil sur la caillasse blanche, voici les hampes odorantes de lavande sauvage, qu’on a plaisir à caresser avant d’en humer le parfum dans le creux des doigts. C’est bien la lavande vraie dont il est ici question, de couleur bleu-gris, moins spectaculaire que le lavandin cultivé en Provence, dont la teinte presque violette est plus intense.

Ses bouquets, attachés par un brin de raphia ou de jonc, sèchent rapidement, puis sont frottés sur un tamis pour en séparer les fleurs. Quelle fête alors que son parfum ! Voici l’élément fondamental des infusions pour le sommeil et contre le stress, à qui elles confèrent une couleur bleu-secret.

 

La Reine des Prés

Qui est descendu une seule fois, un matin de soleil, dans un fossé humide, à la rencontre d’un buisson de Reine des Prés, pour peu qu’il ait le nez à hauteur des hampes plumeuses de ses fleurs, a connu le bonheur. Avec soin, prenant garde aux abeilles concurrentes, il conviendra de couper soigneusement la partie supérieure des rameaux à l’odeur de miel, prenant garde qu’ils ne s’écrasent pas dans le panier d’osier, puis de les faire sécher le jour-même sous un toit de tôle.

Une fois secouées, tamisées, les perles de fleurs fourniront plus tard une tisane aromatique, aux vertus anti-inflammatoires propres à traiter douleurs et rhumatismes.

 

La Myrtille

Si les baies attendront l’automne, il est temps, l’été, de ramasser les feuilles de myrtille dans les sous-bois frais, là où elles restent bien vertes et où leurs fruits sont plutôt rares.

C’est un travail long et souvent décourageant, tant elles sont légères, presque impalpables, et il faut bien du temps pour remplir le sac, courbé sur les petits buissons. Mais une fois séchées, quel meilleur remède contre l’excès de sucre dans le sang ?

Le Cassis

Évidemment, au jardin comme dans la vie il faut choisir. Les baies ou les feuilles. Car si on « déplume » l’arbrisseau de ses feuilles, il y aura plus tard beaucoup moins de confitures et de coulis…

Mais les limbes de cassis séchés, craquants et parfumés, méritent aussi cependant qu’on les récolte, pour fabriquer, associés à la Reine des prés et au Frêne, des mélanges toniques et bénéfiques pour les articulations.

 

Le Mélilot

Sur les bords des chemins, dans les pâtures abandonnées, se dressent les tiges d’une sorte de haut trèfle jaune, un peu arrogant: le Mélilot jaune, le seul qui soit médicinal (il existe aussi une variété blanche). On le lie en en petites bottes, qu’on met à sécher la tête en bas dans le grenier.

Il va développer progressivement une odeur de foin, presque vanillée, due à la présence de « coumarine », molécule qui est à l’origine des anticoagulants de la médecine officielle (Prudence, d’ailleurs, il ne faut pas les y associer!).

Alors, une fois bien sèches, on secouera les tiges fleuries dans un sac en toile de jute, et on trouvera finalement au fond du sac un trésor : l’or des fleurs et le vert des feuilles minuscules : voilà la meilleure tisane pour les problèmes de circulation et contre les œdèmes, à mélanger avec les feuilles de vigne rouge et les perles de reine des prés !

La Prêle

Il est temps aussi de cueillir la prêle des champs, herbe des temps anciens, qui aime les bords de chemins humides. Attention ! Il convient, pour l’identifier, de s’entourer des conseils d’une personne avisée, car certaines espèces proches peuvent être toxiques.

Une fois séchée, on ne garde que les longues écailles qui tiennent lieu de feuilles. Mais là, inutile d’en faire des tisanes, contrairement à ce que l’on peut lire parfois : la silice, qui est le « principe actif » de la plante, n’est pas soluble dans l’eau. Non ! Il faudra la réduire en poudre, la mouliner soigneusement (un vieux moulin à café fait très bien l’affaire), pour obtenir une poudre d’un vert profond, que même les peintres n’auraient pu inventer, et particulièrement utile pour renforcer les os et les tendons.