Les métaux lourds, on en parle beaucoup, et même de plus en plus souvent… dans les vaccins, dans les amalgames dentaires, dans l’eau que nous buvons et plus généralement dans notre environnement. Ils sont aussi accusés de nombreux maux et sont souvent cités dès que l’on parle d’Alzheimer et de Parkinson, de fibromyalgie et de fatigue chronique, ou encore d’autisme et de troubles de l’attention… (et la liste est longue). Mais de quoi parle-t-on réellement ? Quels sont les risques et comment peut-on éventuellement s’en débarrasser ?

Texte : Marine Dodet – Naturopathe scientifiques, formatrice et conférencière

 Les métaux lourds sont des éléments inorganiques ayant une densité supérieure à 5 g/cm2. Les plus courants sont le chrome, le plomb, le cadmium, le mercure, le cuivre ou le zinc.

Deux groupes de métaux lourds sont définis selon leur toxicité :

  • Les métaux lourds essentiels sont non toxiques, ou moins dangereux à basse concentration (zinc, cuivre, fer et cobalt notamment). Ils ont des fonctions physiologiques dans l’organisme. Le zinc par exemple est un cofacteur important pour de nombreuses réactions enzymatiques, la vitamine B12 présente un noyau de cobalt, et l’hémoglobine contient du fer.
  • Les métaux lourds non essentiels sont hautement toxiques même à basse concentration (tels que le cadmium, le mercure, l’arsenic et l’aluminium). Ils ne présentent aucun intérêt pour la physiologie humaine.

La régulation physiologique des métaux lourds essentiels

L’homéostasie des métaux lourds essentiels est soigneusement règlementée par un système de transporteurs de protéines qui sont impliqués dans l’absorption, la distribution, le stockage et l’excrétion des ions métalliques à l’intérieur du corps. L’homéostasie du fer par exemple est régulée par différents transporteurs dont la ferritine et la céruloplasmine.

Une mauvaise régulation du fer peut entraîner une anémie ferriprive (carence) ou une hémochromatose (excès). Ce métal, en excès, est également impliqué dans la chorée de Huntington, la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer ou la sclérose latérale amyotrophique.

La toxicité des métaux lourds

Les métaux lourds essentiels, tels que le zinc, le cuivre et le fer sont nécessaires au bon fonctionnement de diverses enzymes et protéines. Cependant, lorsque ces mêmes métaux s’accumulent à des niveaux excessifs, ils deviennent toxiques. Ils génèrent alors, par oxydation, une altération des lipides des membranes cellulaires et peuvent également réagir avec l’ADN et les protéines, entraînant leur détérioration fonctionnelle.

Ces métaux interfèrent avec la croissance, la prolifération et le développement des cellules et altèrent l’homéostasie des ions sodium et calcium. Une mauvaise régulation de ces biométaux est également associée au trouble neurologique. Une thérapie par chélation (voir plus bas) est alors souvent préconisée.

Les métaux lourds non essentiels (arsenic, cadmium et mercure) induisent un stress oxydatif en inhibant l’activité enzymatique de la superoxyde dismutase (enzyme intervenant dans les mécanismes d’élimination des radicaux libres) et en inhibant les antioxydants. L’exposition prénatale à l’arsenic, au cadmium et au mercure peut causer des désordres neurologiques et de développement ainsi que des dysfonctionnements cérébraux chez le bébé.

Les métaux lourds non essentiels n’étant pas métabolisés par le corps, ils s’accumulent essentiellement dans les tissus gras, jusqu’à un niveau potentiellement toxique. Les études ont également montré que les personnes dont la charge corporelle en métaux lourds est élevée sont plus sujettes à des problématiques telles que le diabète et les désordres métaboliques, les maladies cardiovasculaires, l’infertilité, le cancer, la neurotoxicité ou encore le risque de lésions rénales.

À tel point qu’aujourd’hui, l’arsenic, le cadmium, le mercure et le plomb figurent dans le top 10 des principaux produits chimiques préoccupants pour la santé publique, selon l’OMS.

La chélation médicale

En médecine conventionnelle, la thérapie par chélation constitue le seul traitement de l’intoxication aux métaux lourds. La chélation est un processus physico-chimique au cours duquel est formé un complexe entre un agent chélateur et un ion métallique. Évidemment, de bons agents chélateurs doivent former des complexes chimiquement inertes et non toxiques avec les métaux lourds… et doivent être facilement excrétés du corps sans autre interaction avec les organes vitaux.

Sont ainsi utilisés le dimercaprol, le DMPS ou le DMSA. Cette technique est considérée comme relativement efficace mais doit être utilisée avec précaution car les chélateurs présentent certains inconvénients tels que la redistribution de métaux lourds des tissus périphériques vers le cerveau, augmentant ainsi leur neurotoxicité, et peuvent provoquer la perte de métaux essentiels tels que le cuivre et le zinc.

De plus, les effets secondaires sont fréquents (fièvre, nausées, maux de tête, vomissements, pression artérielle élevée/basse, détresse gastro-intestinale, douleurs musculaires, douleurs au site d’injection et sensation de brûlure). Et la chélation peut même provoquer des effets indésirables graves comme l’insuffisance cardiaque, des difficultés respiratoires, une insuffisance respiratoire, une hypotension artérielle, des lésions rénales et/ou hépatiques permanentes, des convulsions et une hypocalcémie.

Enfin, la chélation médicale se fait obligatoirement en milieu hospitalier et coûte cher. N’est-il pas possible, dès lors, de bénéficier d’autres approches plus naturelles et abordables et ayant également montré une certaine efficacité ?

Des antidotes naturels ?

Plusieurs antioxydants végétaux auraient montré des effets de chélation intéressants. Voici lesquels.

Les aliments naturels contenant beaucoup de flavonoïdes et de polyphénols ont montré un effet bénéfique sur la toxicité des métaux chez l’homme et les animaux.

La curcumine

Extraite du rhizome du curcuma, connue notamment pour ses propriétés antioxydantes, antimicrobiennes et anti-inflammatoires, elle est ainsi un excellent agent chélateur des ions métalliques.

Il a été montré qu’elle peut traverser la barrière hémato encéphalique pour former un complexe stable avec certains ions métalliques, et notamment l’aluminium, nocif pour les neurones et mis en cause dans la maladie d’Alzheimer.

La curcumine réduit également la toxicité des métaux lourds tels que le mercure, le cadmium et le plomb, connus pour provoquer un stress oxydatif. Dans le foie, ses effets protecteurs contre la toxicité des métaux lourds sont multiples et attribuables en partie à sa capacité à piéger les radicaux libres et à activer les enzymes hépatiques détoxifiantes.

Des essais cliniques sur des patients souffrant de génotoxicité induite par les métaux lourds ont confirmé les effets bénéfiques de la curcumine.

L’ail

Il contient des composés organo-soufrés responsables de ses propriétés médicinales. Sa teneur élevée en sélénium contribue au maintien du système de défense antioxydant du corps en protégeant les cellules contre les radicaux libres.

De plus, l’extrait d’ail atténue la toxicité neuronale (au niveau des neurones), hépatique, rénale et sanguine induite par le plomb chez le rat et protège contre les lésions mitochondriales induites par le cadmium dans les modèles de culture tissulaire.

Ce sont les composés organo-soufrés de l’ail qui lui confèrent ses propriétés protectrices vis-à-vis de la toxicité du cadmium et du plomb. Les chélateurs, ces complexes soufrés, favorisent ensuite leur excrétion et préviennent leur absorption intestinale.

Le gingembre

Il possède des propriétés antimicrobiennes, antiinflammatoires, et antioxydantes. Certains de ses constituants présentent aussi des effets antioxydants et chélateurs dans le traitement de l’empoisonnement au plomb.

Chez le rat, le gingembre protège contre la toxicité rénale et développementale induite par le plomb et contre les effets infertilisants induits par le cadmium.

Le thé vert

Grâce à ses catéchines, il protège lui aussi contre la toxicité du plomb et du cadmium.

La coriandre

Administrée à des animaux traités au plomb, elle a permis de diminuer les niveaux sanguins de plomb et les paramètres biochimiques indicateurs d’une hépatotoxicité.

C’est sans doute grâce à ses effets antioxydants qui augmentent les niveaux des enzymes hépatiques de la détoxication (SOD, GPX). De plus, la coriandre présente la particularité de chélater le mercure et d’autres métaux toxiques du système nerveux central.

Elle améliore également l’excrétion du mercure lors de la dépose des amalgames dentaires. Chez les animaux, elle diminue la fixation du plomb dans les tissus osseux.

L’algue spiruline

Elle semble également diminuer significativement les effets génotoxiques induits par le cadmium.

De nombreux autres aliments et constituants naturels ont également montré un intérêt certain dans la protection et/ou la chélation des métaux lourds. Il s’agit notamment de la chlorella, des protéines de soja, de la mangue, de la quercétine (flavonoïde naturellement présent dans l’oignon, certains fruits, le thé, le café, le vin rouge…), ou encore de l’huile de nigelle

Les antioxydants naturels présentent donc des propriétés protectrices contre la toxicité chronique des métaux lourds. Les études portant sur ces capacités prometteuses sont assez récentes et n’ont pas permis d’établir encore de façon claire les doses nécessaires pour leur utilisation sûre et rationnelle.

Néanmoins, commencer par intégrer quotidiennement ces différents aliments est un bon début. Pour aller plus loin, de nombreux laboratoires proposent des formules « détox métaux lourds » associant certains de ces constituants et d’autres.

Là encore, il existe des contre-indications à la prise de ces compléments alimentaires. Prenez conseil auprès d’un thérapeute averti avant de vous lancer dans une cure de détoxication ciblant les métaux lourds… et n’oublier pas de mettre en pratique l’ensemble des conseils proposés dans le dossier du Naturelles #16 !

 

Sources :

Kim J.-J. et al., Heavy metal toxicity: an update of chelating therapeutic strategies, Journal of Trace Elements in Medicine and Biology, 54, 2019, p.226-231.

Nwadiuto Amadi C. et al., Natural antidotes and management of metal toxicity, Environmental Science and Pollution Research, 26, 2019, p. 18032-18052.

Panahi Y. et al., Chlorella vulgaris: a multifunctional dietary supplement with diverse medicinal properties, Curr. Pharm. Des., 22, 2016, p. 164-173. Rehman K. et al., Prevalence of exposure of heavy metals and their impact on health consequences, J. Cell. Biochem., 119, 2017, p. 157-184.