Texte : MARINE DODET – Naturopathe – Photo : Caroline Attwood

De nombreux media dévoilent régulièrement des infos sur l’utilisation de pesticides dans notre pays, notamment en ce moment avec les œufs contaminés. En revanche, les conseils pour les éviter sont moins nombreux. Quelques conseils signés Naturelles…

Il y a 6 ans déjà, une enquête de Générations Futures avaient fait grand bruit : l’analyse de l’assiette d’une journée alimentaire type d’un enfant montrait la présence de 128 résidus chimiques au total ! Dont 36 pesticides différents parmi lesquels 17 sont des cancérigènes et des perturbateurs endocriniens suspectés ou avérés.
Plus récemment, le magazine Cash Investigation : « Produits chimiques – Nos enfants en danger », diffusé sur France 2 en début d’année, enquêtait sur les liens entre les pesticides perturbateurs endocriniens et la santé de nos enfants, révélant au grand public l’impact de ces produits sur certains cancers, malformations de naissance, puberté précoce ou même certaines formes d’autisme.

Un vocabulaire trompeur
Les pesticides sont des substances ayant pour but de tuer des êtres vivants. Les professionnels du secteur préfèrent les nommer produits phytosanitaires, mais les résultats sont les mêmes : les herbicides s’attaquent aux végétaux, afin d’éliminer les plantes indésirables dans les champs ; les insecticides détruisent tous les insectes, qu’ils soient nuisibles pour la culture ou même utiles (tels les pollinisateurs), et les fongicides tuent les champignons, responsables de nombreuses maladies dans les monocultures. Il en existe de nombreux autres, moins connus, tels que les molluscicides (contre les limaces) ou les rodenticides (contre les rongeurs).

Or, avec 62 700 tonnes de matières actives utilisées par an, la France est de loin le premier utilisateur européen. Elle est le troisième utilisateur au monde après les Etats-Unis et le Japon !
Par la consommation rapportée au nombre d’hectares cultivés, la France occupe le troisième rang européen. A se demander comment font les autres pays ?
Attention aussi à ne pas vous laisser abuser par les discours enjoliveurs qui mettent en avant la réduction de l’utilisation des pesticides depuis le début des années 2000. Cette tendance résulte surtout d’une moindre utilisation du soufre et du cuivre et de l’apparition de nouvelles molécules beaucoup plus actives à de très faibles doses.

Bien sûr, l’impact de ces produits sur notre santé n’est pas anodin. La place me manque ici et ce n’est pas le sujet de l’article, mais les études épidémiologiques indépendantes montrent aujourd’hui l’implication possible, probable ou avérée (selon la molécule et la maladie considérée) de ces substances sur de nombreuses pathologies ou dysfonctionnement de l’organisme : asthme, diabète, cancers, affaiblissement du système immunitaire, réactions allergiques, pathologies auto-immunes, infertilité et anomalie congénitale, troubles neurologiques et j’en passe…
Toutes ces problématiques ont bien sûr des origines multifactorielles, mais le risque de les développer est souvent croissant avec la cumulation des expositions aux pesticides au long de la vie.

Comment s’en protéger ?
Les médias l’ont moins relayé, mais Générations Futures a poursuivi l’enquête sur les repas d’enfants, en analysant cette fois les mêmes menus préparés avec des aliments issus de l’agriculture biologique. Résultats : 0 résidu de pesticides dans les fruits et légumes bio testés, pour en moyenne 223 fois moins de résidus de pesticides dans les aliments bio comparés aux aliments non bio.

Quoi que l’on pense du bio par ailleurs, et malgré les dérives économiques qu’il peut engendrer, les analyses en laboratoire ne mentent pas : si vous voulez éviter l’ingestion de dizaines de molécules chimiques différentes tous les jours, privilégiez les aliments cultivés et préparés de manière naturelle, les moins transformés possibles (les additifs alimentaires utilisés par l’industrie agro-alimentaire ont eux aussi des effets non négligeables sur l’organisme).
La conscience environnementale et l’éthique sociale nous incitent aussi à choisir des produits locaux, de saison, ne provenant pas de l’autre côté de la Terre…
Et mieux, si vous en avez la possibilité, cultivez vous-même de façon naturelle votre lopin de terre.

La préparation adaptée des aliments permet également de réduire l’exposition à ces pesticides. Si vos fruits et légumes ne sont pas bio, épluchez les chaque fois que possible et sinon, rincez les soigneusement sous l’eau. Ces précautions réduisent malheureusement drastiquement l’apport des vitamines et minéraux et ne vous permettront pas d’ôter la totalité de ces substances, mais en réduiront nettement la concentration.

Un mode de cuisson qui fait « suer » les aliments permet également d’en éliminer une partie, comme c’est le cas dans les cuits-vapeurs, à condition que la forme du couvercle évite à l’eau de condensation de ruisseler sur les aliments en train de cuire. Préférez donc des couvercles bien bombés, de manière à ce que l’eau ruisselle sur les bords du plat… et jetez l’eau.

Enfin, n’oubliez pas que ces pesticides et autres perturbateurs endocriniens ont d’autres portes d’entrées dans notre organisme : choix de l’eau de boisson, des cosmétiques appliqués sur la peau, des produits d’entretien utilisés dans nos intérieurs (et que nous respirons), des lessives.
Se protéger des substances chimiques à outrance est une stratégie globale, alors commençons par faire les choix à portée de notre main.

M.D