Par GAËLLE MARTINA

Cancer, baisse de la fertilité, Alzheimer… Et si nos produits de beauté nous empoisonnaient ? La question est d’autant plus légitime que les polémiques se succèdent depuis plusieurs années : autour des parabens, d’abord, mais aussi des sels d’aluminium, du phénoxyéthanol, des phtalates… Des noms barbares réservés jusque-là aux chimistes, que nous sommes bien obligés aujourd’hui de connaître pour y voir plus clair dans notre trousse beauté. Et si nous apprenions à lire les étiquettes ?

La législation occidentale impose aux fabricants de cosmétiques de faire apparaitre sur l’emballage des produits de beauté la liste détaillée des ingrédients. On appelle cette liste la liste INCI : International Nomenclature of Cosmetic Ingrédients.
Il n’est pas facile de comprendre le détail de cette liste mais c’est le seul moyen de savoir ce qu’un cosmétique contient vraiment. Et la cosmétique conventionnelle est aujourd’hui bien embêtée face à l’obligation de lister les ingrédients sur ses emballages. En effet, elle utilise une majorité d’ingrédients synthétiques, issus pour la plupart de la pétrochimie, voire de la chimie lourde.
Cétéareth-20, phtalate de dibutyle, propylparabène… Certains d’entres eux sont couramment inhalés et pénètrent très facilement dans la peau, au point que des scientifiques ont retrouvé des parabènes, conservateurs souvent utilisés dans des produits de beauté et parfums synthétiques, dans des tumeurs de tissus mamaires. Ils ont également détecté dans l’urine la présence de phtalates, employés comme plastifiants dans les savons, les shampoings et autres objets courants ( jouets en plastique, détergents..).

Les substances à éviter

PEG et PPG, ammonium et sodium, suffixes en –eth et en –one… Il faudrait être un chimiste aguerri pour décrypter parfaitement l’ensemble des composants utilisés en cosmétique et c’est tout bonnement impossible. En revanche, on peut apprendre à discerner ceux dont on sait qu’ils peuvent être dangereux  :

–    Les sels d’aluminium et les chlorates d’aluminium (sels d’aluminium synthétiques) : Le lien n’a pas été formellement prouvé mais ils sont suspectés d’avoir un rôle dans des maladies de type Alzheimer et des cancers, notamment du sein.

les trouve-t-on ? Dans les déodorants, pour leur effet bactéricide et anti-transpirant.

L’alternative : la pierre d’alun naturelle. Elle supprime les bactéries responsables des mauvaises odeurs mais contrairement aux sels d’aluminium, elle ne bloque pas la transpiration. Comment la reconnaître ? Le seul ingrédient doit être du potassium alum

–      Le triclosan : C’est un antibactérien qui a la particularité d’être persistant dans l’environnement. On en a déjà retrouvé dans des poissons et même du lait maternel. Le problème, c’est qu’il développe une résistance aux antibiotiques.

Où le trouve-t-on ? Dans certains dentifrices, mais aussi dans la maison, dans les planches à découper en plastique et les oreillers antibactériens.

L’alternative : le dentifrice bio, garanti sans triclosan ! »

–      Les parabens : Ces conservateurs sont fortement suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. Au fil des études, leur nocivité est revue en permanence. Résultat : la législation les concernant évolue sans cesse et diffère d’un pays à l’autre. En France, ils ne sont pas interdits dans les cosmétiques s’ils respectent certaines doses. Certaines marques de cosmétiques ont recours au phénoxyéthanol comme conservateur. Mais ce composant, qui permet avant tout de favoriser le mélange des ingrédients, est très allergisant, irritant.

Où le trouve-t-on ? Dans la grande majorité des produits industriels…

L’alternative : Les produits certifiés bio qui ont recours à des conservateurs plus naturels. Mais aussi les cosmétiques maison, que l’on fabrique soi-même sans conservateur, ni de procédé chimique de transformation

–      La parafine (paraffinum liquidum et ceresin wax notamment) : C’est une substance issue des hydrocarbures, notamment des huiles minérales. Elles sont utilisées pour donner du liant aux produits mais elles sont surtout très occlusives. C’est-à-dire qu’elles vont boucher les pores et empêcher l’oxygénation de la peau. Elles sont donc très comédogènes (elles peuvent favoriser les boutons).

Où les trouve-t-on ? Dans les mascaras, les baumes à lèvres, les cires pour cheveux… Tout ce qui ‘colle’.

L’alternative : Les produits bio et de manière générale tous ceux qui font appel à des huiles végétales ou des cires naturelles.

–      Le Sodium laureth sulfate (SLS) est un tensioactif très courant. Mais c’est aussi un détergent que l’on retrouve dans nombre de produits d’entretien. Sans surprise, il est aussi décapant pour la peau.

Où le trouve-t-on ?Dans des dizaines de produits cosmétiques, notamment dans les shampoings.

De manière générale, le suffixe ‘–eth’ est important car il indique que le composé a subi un procédé chimique lourd qui génère des résidus très toxiques (certains sont classés cancérigènes par le Centre International de Recherche sur le Cancer). Ce sont de puissants irritants pour la peau et les poumons, mais ils ne sont pas mentionnés sur les étiquettes car ce sont des résidus, pas des composants ! On peut toutefois repérer leur présence grâce au suffixe ‘–eth’ et par les mentions PEG et PPG.

–      Les filtres solaires : Les filtres solaires sont accusés d’être des perturbateurs endocriniens. Ceux qu’il faut absolument éviter : les filtres invisibles car cela signifie qu’ils contiennent beaucoup de nanoparticules. Depuis juillet 2013, celles-ci doivent obligatoirement figurer sur la liste des ingrédients. Mais mieux vaut privilégier les produits solaires ‘blancs’. Tant pis pour les traces !

Quelle alternative ? Les produits solaires bio ne contiennent pas de filtres chimiques. Mais il est également possible de trouver, notamment en pharmacie et parapharmacie, des solaires aux filtres minéraux.

 

Parmi les autres substances à éviter de préférence, on trouve également :

–      Le formaldéhyde : un dérivé du formol, utilisé comme conservateur. Il est accusé d’être irritant et potentiellement responsable de cancers.

Où le trouve-t-on ? Notamment dans les vernis à ongles car il a un effet durcissant. Il ne doit être mentionné sur la composition qu’au-delà d’une certaine dose.

–      Les phtalates : utilisés comme fixateurs de fragrances et pour adoucir le plastique, ils sont accusés d’être des perturbateurs endocriniens.

Où les trouve-t-on ? Principalement dans les parfums et les vernis à ongles.
–     Le toluène : Présent dans la plupart des vernis à ongles, le toluène est un solvant pétrochimique volatile utilisé comme diluant en peinture. Décrit comme un neurologique puissant et irritant, il est nocif pour les voies respiratoires et peut entrainer des nausées. Il a également été reconnu comme étant toxique pour le système immunitaire et pouvant endommager le développement du foetus.